Satingarona Part 1
by The Bongo Hop

The Bongo Hop c'est le nouveau projet afro caribéen du trompettiste Etienne Sevet. Sur Satingarona pt1, son premier carnet de voyages sonores, nourri de 8 années passées à Cali (Colombie), on retrouve donc les amis de la période caleña, comme Nidia Gongora (la voix d’Ondatropica et Quantic, qu'il avait découverte et filmée dès 2003, alors qu'elle était l'inconnue chanteuse du groupe folklorique Socavon) ou encore le rappeur Maikcel (Zalama), mais aussi le producteur multiinstrumentiste Patchworks (Voilaaa, The Dynamics, Mr President, Taggy Matcher, Uptown Funk Empire), rencontré à Lyon. C'est donc naturellement qu'il distille, avec ce premier album offrant une lecture personnelle des tempos tropicaux, une rafale de rythmiques imparables – high life, vallenato, dance hall, afro beat, kompa... - combinées à des melodies aux climats parfois intimes ou jazzy, saturées de cuivres chauds, sur lesquelles les featurings et la patte du producteur ont trouvé un terrain d’expression nouveau. Alors qu’elle avait commencé comme le scrapbook musical d’un voyageur-défricheur, d’abord journaliste, puis prof de sciences politiques, dj, compilateur ensuite (du guitariste colombien Abelardo Carbono sur le label madrilène Vampisoul), cette aventure a pris une tournure décisive à travers ces rencontres. Pas vraiment le fruit du hasard, car la rencontre est un art que The Bongo Hop tire et cultive, en même temps que son nom, d'un personnage mythique de la b.d des années 80, le marin afropolitain keubla, dont la lecture, jeune ado, était assaisonnée aux disques de Touré Kunda et Sunny Ade les soirs d'hiver. Nous voilà « Sur la piste du Bongo ». Car c'est toute une vie de musique et d'imaginaire africain– commencée tôt, entre une grand mère egypto-bearnaise pianiste, des parents férus de bals gascons et de culture underground, et l'ambiance afro portuaire du quartier Saint Michel dans le Bordeaux des années 80- qui a pris progressivement forme, imprégnant le parcours de ce personnage évoluant à la frontière de plusieurs univers / continents. Dans son approche lente et eliptique de la musique, on peut voir chez celui qui est egalement urbaniste, comme une envie d’étirer le temps et l’espace, en rassemblant des éléments glanés tout au long d’un parcours assez atypique, à la manière d’un arpenteur en éternel mouvement. Patiemment, jusqu’au moment où les choses s’accélèrent. Lorsque, en 2009, alors qu’il est correspondant du magazine World Sound pour l'Amérique Latine et apprenti trompettiste, son ami du barrio San Antonio à Cali, Will “Quantic” Holland lui glisse, entre deux gorgées de thé : “Tu devrais faire ta propre musique.” Apres quoi, il lui passe un ordinateur et lui enseigne les bases d’un logiciel de production. Même s’il l’a probablement prodigué à d’autres, ce conseil, venant d’un musicien de ce calibre, ne passe pas facilement aux oubliettes. La rencontre est fondatrice, tant les deux hommes partagent à l'époque une même vision du son, des metissages musicaux. Tandis que son mentor fait chanter Nidia, les premières compositions de The Bongo Hop s'orientent, elles, vers le hip hop à la sauce afro, alors que, comme dj et fondateur des soirées Republica Calicuta, il fait souffler un vent nouveau sur les nuits de Cali en y invitant divers groupes et djs, dont Quantic évidemment. C'est au sein du jeune collectif de hip hop instrumental Zalama, qu'il fait jouer dans une de ses soirées, qu'il rencontre le rappeur Maikcel, à la fois mc et chanteur doté d'une voix chaude, soul. Entre autres morceaux, Nowa et Pa'congo, deux morceaux taillés pour les fêtes tropicales, sont composés pour lui, et le projet entame avec cette formule ses premières scènes. La rencontre avec Patchworks à Lyon, lors du retour en France, sera le véritable détonateur pour ces compositions “hecho en Cali”. Et quand un producteur aussi accompli accepte de travailler avec la matière d’un inconnu débarquant de sa Colombie, on ne peut s’empêcher d’y voir une invitation à poursuivre. La crème de la scène locale les rejoint, comme le saxophoniste Olivier Granger (ex du combo soul Buttshakers) ou encore le batteur Remy Kaprielan (Hawa, Thomas Fersen, Lightning 3, Joe Bel...). Complices de longue date, ils viennent entourer le trompettiste pour des sessions d'enregistrement. Les suivront plus tard d’autres musiciens colombiens installés en France, comme la chanteuse Paola Barreto (Cumbia ya !, Cumbia y Cardon) nouvellement débarquée à Paris, ou encore le percussioniste colyonbien Mario Vargas (Bigre!). Dans l'antre du magicien, Paola vient enregistrer, entre deux scènes avec le groupe (re)naissant, des morceaux comme Nos coje la tarde, entre basse high life, cuivres antillais et climat latino. Patchworks, Paola Barreto, Maikcel...Et la rencontre avec Nidia, l'étoile du Pacifique colombien, dans tout cela ? C’est à l’occasion d’une pause dans leur tournée que The Bongo Hop retrouve les amis d’Ondatropica chez lui, à Bordeaux en 2013. En ce chaud après midi de juillet, Mario Galeano et Quantic s’apprêtent à venir mixer des 45t chez Alriq au bord de la Garonne, tandis que Nidia se réfugie dans la clim de son hôtel. Déçu car il a une surprise pour elle, Etienne lui envoie un message : “Viens avec les autres ! On se retrouve au bord du fleuve pour le coucher du soleil. Tu verras, il est grand, impetueux, il vit au rythme des marées, avec des roseaux et des arbres au bord de l’eau...comme le rio Satinga qui doit surement te manquer !” Deux heures après, elle apparait, répondant à l'appel du fleuve. Après quelques danses et deux trois conversations arrosées, il lui propose de rejoindre le projet, puis, à l'écoute des premiers instrumentaux, Nidia décide de s'embarquer. Marquée du sceau de ce moment particulier, la première collaboration sera Satingarona, un morceau puissant mêlant originalement afro funk béninois et rythmique 6/8 tirée du pacifique colombien, qui évoque la réunion de deux fleuves et de deux personnages. Suivront d'autres morceaux phares de l'album comme Ventana, El Terron, 'tite Jeanne. Album a tiroirs, chronique de sons ramenés de Colombie, bouquet de collaborations, riche de rencontres et de partages, séduisante, la musique de the Bongo Hop est clairement afro caribéenne, tout en s'inscrivant au delà des clichés et des modes actuelles. Sans doute la coloration ambigue, à la frontière de l'ombre et de la lumière, les metissages, la recherche de profondeur dans les textes, contribuent-t-ils à cette originalité. Pour ce qui est de la scène, le groupe à géométrie variable que The Bongo Hop a réuni produit des climats colorés, avec une philosophie identique, traduisant la même énergie. Avec toujours un même cap à suivre, celui de la danse, du caderazo à la colombienne.
LP - White Vinyl CD
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