The French Machine
by Minitel Rose

Attention, grosse claque !
Entre Blue Monday (1983) et Flashdance (1984), le premier disque de Minitel Rose est une perle de musique de danse hypertextuelle pour mélomanes pop modernes. Clairement localisées dans l’imaginaire du milieu des années 80, les compositions des trois de la Côte Ouest hexagonale jouent des coudes pour se faufiler dans la famille des oeuvres françaises crossover aux côtés de United (2000) de Phoenix, Sexuality (2008) de Sébastien Tellier ou encore Discovery (2001) de Daft Punk. Avant même de poser le disque sur la platine, on est frappé par l’impact que procure la pochette. À commencer par le nom du groupe qui renvoie aux aspects à la fois précurseurs et has been de la technologie hexagonale (le Minitel), mais aussi aux usages populaires et décalés que la majorité des utilisateurs en firent (le Minitel Rose). Le sexe moteur de l’action humaine. S’ensuit le titre du disque, The French Machine, qui permet d’emblée de positionner le trio nantais dans une perspective internationale. En effet, il en émane une image du Français qui doit plus à Walt Disney qu’à Jean-Paul Sartre. Chantant en anglais, ils ressemblent aux jeunes froggies branchés de la jet set parisienne, ou pour lemoins, de l’image que s’en ferait un Américain moyen.

À tout cela s’ajoute la pertinence du graphisme (dont les côtés usés de la pochette selon le modèle des vinyles trouvés dans les vides greniers) à situer entre un Klaus Schulze période pré-new age et les groupes de hard rock de la vague glam californienne pour le logo. Un détournement du Too Fast For Love de Mötley Crüe à la façon de Second Rate aurait pu parfaitement coller ! Mais laissons ces suggestions, car Minitel Rose est loin d’être à court d’idées. À peine remis de ces traumatismes visuels, l’auditeur se prendra en effet en pleine face une poignée de morceaux concis et ultra-efficaces. When I Was Punk propose des riffs de synthés inspirés de New Order et de Metallica qui épousent une phrase leitmotiv “It was Saturday night, and I was drunk”. Au moins la moitié des titres est une salve de tubes portés par une voix précieuse aussi proche de Dave que de Dead Or Alive, entraînant Minitel Rose dans une hype queer voisine de Xiu Xiu (Business Woman, Continue). Les choeurs graves rappellent davantage la période dorée de Depeche Mode (Elevator). Nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont même pas connue, les musiciens de Minitel Rose ont été influencés par les bandes-son de séries télévisées comme K 2000 ou L’Agence Tous Risques. Bercés aux techniques de recyclage du hip hop, ils en ont peu gardé les formats esthétiques, à part peut-être sur Magic Powder qui utilise quelques accents electro funk cousins de Break Machine. La RGHM (révision générale de l’histoire de la musique) est en marche.

Gérôme Guibert (Magic)

LP - Pink Vinyl 2018
€17,00
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