Color.Blind
by Dampa

Stable sur ses bases, confiant dans sa technique, Dampa incarne ainsi parfaitement l’idée d’un son moderne, à la fois réfléchi et instinctif. Color.Blind, le premier EP du duo, que nous avons la joie de publier dans le cadre du Prix Société Ricard Live Music, se matérialise en deux parties : deux faces de trois titres chacune. Dès « U Better », la musique démontre une profondeur de champ magnifique. Dampa joue sur plusieurs niveaux : la voix, la mélodie et les beats. À chaque écoute, on peut se focaliser sur un élément différent du spectre sonore et découvrir des nouvelles facettes au morceau. Il y a toujours un bruit ou une rythmique inattendue à découvrir dans ces chansons : ça gratouille, ça interpelle, ça brouille les pistes, et soudain la mélodie arrive, le flow se met en place, comme sur « Look ». Ce qui frappe, c’est cette capacité qu’a le groupe à mélanger les genres, sans jamais donner l’impression d’un collage ou d’un assemblage d’éléments aux coutures visibles. Cela tient sûrement à sa manière de jouer avec les émotions, d’utiliser celles-ci comme un liant. Ainsi, on n’a jamais l’impression d’une alternance entre passages calmes et moments plus brutaux, mais un sentiment de variations entre mélancolie et combat contre cette mélancolie. Rien que pour cela, Color.Blind est un disque de son époque : on y affirme ses faiblesses tout en clamant sa volonté de lutter. C’est un album qui est en plein dans l’empowerment, la conscience de soi et de sa place dans le monde. À partir de là tout est possible. Des chansons comme « Their Walls » en appellent à l’astrackt hip hop d’un DJ Krush, et fournissent à l’auditeur des environnements où le cocon urbain se retrouve noyé sous une eau aqueuse. D’autres, telles que « Polar Coordinates », proposent un paysage electro luxuriant, comme si les Chemical Brother lâchés en pleine nature accueillaient au sein de leurs boucles des cris d’animaux furtifs. Tout est cohérent et imprévisible, mais fonctionne systématiquement, en esquivant tous les clichés et tous les faux pas. Être à la fois froid et chaleureux, c’est aussi ça la force de la musique de Dampa. Color.Blind fonctionne aussi bien comme un disque d’ambient que comme le programme survolté de concerts enflammés à venir. Quand se clôture « My Horse does it better », un titre hip hop dans la trempe de ceux d’un Kendrick Lamar, on pense avoir cerné le périmètre d’action de Dampa. C’est sans compter sur « Clubs », un dernier titre ultra puissant qui fusionne tout ce que l’on vient de dire pour le passer à la moulinette de l’électro clash et livrer un morceau dansant, à la manière de Miss Kittin et The Hacker. Chez Dampa, il y a tellement d’influences et d’émotions diverses qu’il est impossible de rattacher le groupe à une scène, à un genre, à un pays. Faute de mieux, on peut voir dans ces chansons aussi calmes et ambiantes que sombres et nerveuses, une nouvelle vague du trip-hop ; nouvelle parce qu’elle ébranle l’auditeur de deux nouvelles manières : avec la violence du flow et la capacité à faire danser. En écoutant Dampa, c’est cela qu’on se dit : que le trip hop a atteint un nouveau stade où il est plus fort, plus riche, plus complet. (c) Benjamin (SRLM)
Vinyle Dédicacé
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